Un toit plat recouvert de sédums et de graminées n'est plus une excentricité écologique : c'est une exigence de nombreux règlements communaux romands pour les nouvelles constructions à toit plat, et un choix rationnel pour les autres. La végétalisation extensive, quelques centimètres de substrat et des plantes qui se débrouillent seules, coûte 60 à 120 CHF par mètre carré, double la durée de vie de l'étanchéité, retient la moitié des pluies et abaisse la température du toit de 20 à 30 degrés en été. Voici comment elle fonctionne, ce qu'elle exige et ce qu'elle coûte.

Carminati Architecture, bureau basé à Delémont, prescrit des toitures végétalisées sur les toits plats des projets qu'il conçoit en Suisse romande, en combinaison avec le solaire.

Extensive ou intensive

CritèreExtensiveIntensive (toit-jardin)
Épaisseur de substrat8 à 15 cm25 cm à 1 m
VégétationSédums, mousses, graminées, vivaces sèches, semis ou tapis précultivésPelouse, arbustes, potager, petits arbres
Charge sur la structure80 à 180 kg/m² saturé d'eau300 à 1 000 kg/m²
Entretien1 à 2 visites par an, pas d'arrosageComme un jardin, arrosage, tonte
Coût au m² hors étanchéité60 à 120 CHF200 à 500 CHF
AccèsPour entretien seulementPraticable, terrasse
Usage courantVillas, garages, annexes, immeublesImmeubles avec terrasse commune, parkings enterrés

Les avantages, chiffrés

La protection de l'étanchéité contre les UV, les chocs thermiques et la grêle prolonge sa durée de vie de vingt à quarante ans et plus, ce qui compense à lui seul le coût de la végétalisation. La rétention d'eau, 50 à 70 % des précipitations annuelles évaporées ou retenues, réduit les débits vers les canalisations, ce que les communes récompensent par une taxe d'évacuation réduite ou une dispense de bassin de rétention. Le confort d'été, avec une surface de toit à 25 ou 30 degrés au lieu de 60 à 80 sur un gravier ou un bitume, réduit la chaleur transmise aux combles et aux étages supérieurs. L'isolation acoustique aux bruits aériens, avions et pluie, s'améliore de quelques décibels. Et la biodiversité, insectes, oiseaux, plantes pionnières, trouve un refuge sur des surfaces autrement stériles.

La structure et l'étanchéité

Une toiture extensive ajoute 100 à 180 kilos par mètre carré saturée d'eau, ce qu'une dalle en béton ou une charpente dimensionnée pour la neige supporte en général ; sur un toit existant, l'ingénieur vérifie. L'étanchéité doit être résistante aux racines, membrane certifiée ou couche anti-racines, avec une couche de drainage et de rétention, un filtre, puis le substrat. Les relevés en périphérie, les évacuations et les traversées restent dégagés par une bande de gravier de 30 à 50 centimètres. Une pente de 1,5 à 2 % évacue le surplus. Sur une toiture existante en bon état, la végétalisation se pose directement si l'étanchéité est anti-racines ; sinon, elle attend sa réfection, comme évoqué dans notre article sur le toit plat.

Avec le solaire

Végétalisation et panneaux solaires se combinent bien : les panneaux, surélevés à 30 ou 40 centimètres sur des supports lestés par le substrat, font de l'ombre à une végétation qui, en retour, garde le toit frais et améliore le rendement des cellules de quelques pourcents. Le substrat sert de lest, ce qui évite de percer l'étanchéité. Il faut prévoir l'entretien, une végétation qui ne monte pas sous les panneaux, et un espacement suffisant. Cette biosolaire est encouragée par plusieurs cantons. Notre article sur les panneaux solaires traite de l'installation.

L'entretien réel

Une toiture extensive n'est pas sans entretien, mais il est léger : une à deux visites par an pour retirer les plantules d'arbres et d'arbustes qui s'installeraient, dégager les évacuations et les bandes de gravier, arracher les néophytes envahissantes, et, selon le substrat, apporter un engrais tous les deux à trois ans. Pas d'arrosage après la première saison, sauf sécheresse exceptionnelle. Comptez 2 à 5 CHF par mètre carré et par an, ou une demi-journée par an pour un toit de villa accessible. Une toiture négligée se transforme en friche puis en petite forêt qui perce l'étanchéité : l'entretien est la condition de la durabilité.

Les obligations communales

Genève, Lausanne, plusieurs villes vaudoises, fribourgeoises et neuchâteloises imposent la végétalisation des toits plats neufs au-delà d'une certaine surface, avec des exigences de substrat et de diversité végétale, parfois combinées à une obligation solaire. Ailleurs, elle est encouragée et prise en compte dans les indices de verdure ou les taxes d'évacuation. Le règlement communal et le service de l'urbanisme précisent. Notre article sur la récupération d'eau de pluie complète la gestion des eaux de toiture.

À retenir

  • Extensive : 60 à 120 CHF/m², 8 à 15 cm de substrat, plantes autonomes, une à deux visites par an.
  • Double la durée de vie de l'étanchéité, retient la moitié des pluies, rafraîchit l'été.
  • Structure vérifiée, étanchéité anti-racines, combinaison avec le solaire, obligation dans de nombreuses communes.

Questions fréquentes

Peut-on végétaliser un toit en pente ?

Jusqu'à 15 à 20 degrés avec des systèmes de retenue du substrat, oui ; au-delà, c'est possible mais spécialisé et coûteux. Le toit plat ou à faible pente reste le domaine de la végétalisation.

La toiture végétalisée isole-t-elle thermiquement ?

Peu en hiver, le substrat humide isolant mal ; beaucoup en été, par l'évaporation et l'ombrage. Elle complète une isolation conforme, elle ne la remplace pas.

Faut-il un permis pour végétaliser un toit existant ?

En général non, s'agissant d'un revêtement sans modification du volume. Une annonce peut être demandée, et l'ingénieur doit valider la charge. Sur un bâtiment protégé, l'aspect est examiné.

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