L'eau du robinet est peu chère en Suisse, et la récupération d'eau de pluie ne se justifie pas par l'économie seule. Elle se justifie par les sécheresses estivales de plus en plus fréquentes, avec des restrictions d'arrosage dans plusieurs cantons romands, par les taxes d'évacuation des eaux qui récompensent la rétention, par l'obligation croissante d'infiltrer ou de retenir les eaux de toiture, et par le bon sens : arroser un jardin et tirer la chasse avec de l'eau potable est un gaspillage. Une citerne enterrée de 5 000 à 10 000 litres, 5 000 à 15 000 CHF installée, règle tout cela.
Carminati Architecture, bureau basé à Delémont, intègre la gestion des eaux de pluie dans les projets qu'il conçoit en Suisse romande, souvent dès le permis, où elle est demandée par la commune.
Les usages
| Usage | Part de la consommation d'un ménage | Exigences |
|---|---|---|
| Arrosage du jardin | Variable, jusqu'à 30 % en été | Filtration grossière, pompe ou gravité |
| Chasses d'eau des WC | 25 à 30 % | Réseau séparé, pompe, filtration fine, appoint automatique |
| Lave-linge | 10 à 15 % | Idem, eau douce avantageuse pour la lessive |
| Nettoyage extérieur, voiture | Faible | Robinet extérieur dédié |
| Eau potable, douche, cuisine | Non | Interdit sans traitement certifié ; réseau strictement séparé |
En alimentant WC, lave-linge et jardin, un ménage réduit sa consommation d'eau potable de 40 à 50 %, soit 50 à 80 mètres cubes par an, et 150 à 300 CHF d'eau et de taxes d'épuration.
Le dimensionnement
Le volume de la citerne se calcule à partir de la surface de toiture, de la pluviométrie locale, 900 à 1 300 millimètres par an en Suisse romande, et des besoins. Une règle simple : 4 à 6 % du volume annuel récupérable, soit environ trois semaines de besoins. Pour une villa de 120 mètres carrés de toit et une famille de quatre qui alimente WC, lessive et jardin, une citerne de 6 000 à 8 000 litres est adaptée. Plus grand ne sert à rien : la citerne déborde de toute façon en hiver et se vide en été. Un trop-plein raccordé à l'infiltration ou à l'évacuation des eaux claires est obligatoire.
L'installation
Une citerne enterrée en béton ou en polyéthylène, posée lors des terrassements dans le jardin, avec un filtre en amont qui retire feuilles et débris, une arrivée calmée qui ne remue pas le dépôt, un flotteur d'aspiration qui prélève l'eau propre sous la surface, une pompe immergée ou une station dans la maison, un appoint automatique en eau potable quand la citerne est vide, avec disconnexion réglementaire, et un réseau de distribution séparé et étiqueté vers les WC, le lave-linge et les robinets extérieurs. Le tout coûte 8 000 à 15 000 CHF pour une installation complète WC et lessive, 5 000 à 8 000 CHF pour le seul arrosage. En rénovation, le réseau séparé vers les WC est la difficulté ; on se limite souvent à l'arrosage et au lave-linge de la buanderie.
Les règles
La distribution d'eau de pluie dans la maison est autorisée pour les usages non potables, à condition d'un réseau séparé sans connexion possible avec l'eau potable, d'un appoint par surverse libre et d'un marquage des points de puisage « eau non potable ». La directive de la SSIGE précise les exigences, et le distributeur d'eau ou le contrôleur sanitaire peut les vérifier. Certaines communes prélèvent une taxe d'épuration forfaitaire sur l'eau de pluie utilisée dans les WC, puisqu'elle rejoint les eaux usées ; d'autres réduisent la taxe d'évacuation des eaux claires pour les parcelles qui retiennent. Renseignez-vous auprès de votre commune ; plusieurs subventionnent la citerne à hauteur de 500 à 2 000 CHF.
La rétention plutôt que la récupération
Là où la commune impose de retenir les eaux de toiture pour ne pas surcharger les canalisations, la citerne joue un double rôle : une partie du volume reste toujours disponible pour l'orage, avec un orifice de vidange lente, et l'autre pour l'usage. Une citerne de rétention seule, sans usage, est une dépense imposée ; la même citerne avec récupération devient un investissement. Notre article sur l'aménagement du jardin traite de la gestion des eaux sur la parcelle, et celui sur les revêtements perméables de l'infiltration.
Les solutions légères
Pour un jardin seul, une ou plusieurs cuves hors sol de 300 à 1 000 litres sous les descentes, 200 à 800 CHF pièce, avec un collecteur filtrant, suffisent à l'arrosage d'un potager et de massifs. Elles gèlent en hiver et se vidangent. Une cuve enterrée de 3 000 litres avec pompe de surface, 3 000 à 5 000 CHF, est l'étape intermédiaire. La toiture végétalisée, sujet de notre article sur la toiture végétalisée, retient elle-même 50 à 70 % des pluies.
À retenir
- Citerne enterrée de 6 000 à 8 000 litres pour WC, lessive et jardin : 40 à 50 % d'eau potable en moins.
- 8 000 à 15 000 CHF installée en construction, réseau séparé et appoint réglementaire.
- Rétention exigée par la commune plus récupération : un seul ouvrage, deux fonctions.
Questions fréquentes
L'eau de pluie abîme-t-elle les WC et le lave-linge ?
Non, elle est douce et sans calcaire, ce qui est même favorable aux appareils. Une filtration fine évite les dépôts dans les mécanismes de chasse.
Que se passe-t-il en cas de sécheresse prolongée ?
L'appoint automatique bascule sur l'eau potable pour les WC et la lessive. Le jardin attend, sauf restriction d'arrosage, qui vise souvent l'eau potable et non l'eau de pluie stockée.
Une citerne demande-t-elle un permis ?
Elle fait partie du dossier de permis de la maison ; ajoutée après coup, elle relève d'une annonce dans la plupart des communes, avec un schéma des raccordements pour le contrôle sanitaire.
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Pour aller plus loin
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