Deux expressions reviennent dès qu'on parle de développement immobilier en Suisse : le droit de superficie et le droit d'emption. Le premier permet de construire et de posséder un bâtiment sur un terrain qui appartient à quelqu'un d'autre, contre une rente. Le second réserve le droit d'acheter un terrain à un prix fixé, pendant un délai donné. Tous deux se rencontrent dans les projets familiaux, les terrains communaux et les montages de promotion. Voici ce qu'ils impliquent concrètement.

Carminati Architecture, bureau basé à Delémont, rencontre ces montages dans les projets de développement immobilier qu'il accompagne en Suisse romande, en collaboration avec les notaires.

Le droit de superficie

C'est une servitude, inscrite au registre foncier, qui autorise son bénéficiaire, le superficiaire, à construire et à conserver un bâtiment sur le terrain d'un tiers, le superficiant. Le bâtiment appartient au superficiaire, le terrain reste au superficiant. Lorsque le droit est distinct et permanent, c'est-à-dire cessible et d'une durée d'au moins trente ans, il est immatriculé comme un immeuble à part entière : il peut être vendu, hypothéqué, transmis. La durée est en général de 50 à 100 ans. Le superficiaire paie une rente annuelle, souvent 3 à 5 % de la valeur du terrain, indexée. À l'échéance, le bâtiment revient au propriétaire du terrain, contre une indemnité fixée dans l'acte.

Où le rencontre-t-on

SituationPourquoi un droit de superficie
Parents et enfantsLes parents gardent le terrain, l'enfant construit sa maison sans acheter le sol, avec une rente réduite ou symbolique
Terrains communaux ou de bourgeoisiesLa collectivité garde la maîtrise du sol et accorde des droits pour du logement ou des activités
Coopératives d'habitationAccès au terrain sans immobiliser de capital
PromotionLe propriétaire du terrain participe au projet sans vendre, le promoteur limite ses fonds propres
Densification d'une parcelleConstruire un second logement pour un proche sans diviser la parcelle

Ce qu'il faut négocier dans l'acte

La durée et les conditions de prolongation. Le montant de la rente et son indexation. L'affectation autorisée du bâtiment. L'indemnité de retour à l'échéance, souvent la valeur vénale du bâtiment ou un pourcentage de celle-ci, point crucial pour les héritiers du superficiaire. Le droit de préemption réciproque en cas de vente. Et les conditions du retour anticipé en cas de non-respect du contrat. Un acte mal rédigé devient une source de litige cinquante ans plus tard, entre des personnes qui ne l'ont pas signé.

Le financement bancaire

Les banques financent une construction en droit de superficie, avec des conditions : durée résiduelle du droit supérieure à celle de l'hypothèque, indemnité de retour garantissant la valeur, et parfois un amortissement plus rapide. La rente s'ajoute aux charges dans le calcul de la capacité financière. Sur un terrain communal, le prix du bâtiment seul étant inférieur à celui d'un bien avec terrain, l'accès à la propriété devient possible pour des ménages qui ne pourraient pas acheter le sol.

Le droit d'emption

C'est un contrat, passé devant notaire et annotable au registre foncier, par lequel un propriétaire s'engage à vendre son terrain à une personne déterminée, à un prix fixé ou déterminable, si celle-ci exerce son droit dans un délai donné, dix ans au maximum. Pour le développeur, c'est l'outil idéal : il réserve le terrain le temps d'obtenir le permis, sans l'acheter, et n'exerce le droit que si le projet aboutit. Le propriétaire reçoit en général une indemnité pour l'immobilisation, déduite du prix en cas d'exercice. Le droit de préemption est le cousin du droit d'emption : il donne la priorité à son bénéficiaire si le propriétaire décide de vendre, aux conditions offertes par un tiers.

Droit d'emption ou promesse de vente conditionnelle

Les deux servent à sécuriser un terrain avant le permis. La promesse de vente engage les deux parties, sous conditions suspensives ; le droit d'emption ne lie que le vendeur, l'acheteur restant libre. Le droit d'emption est donc plus favorable au développeur, la promesse plus rassurante pour le vendeur. Le choix dépend du rapport de force et de la durée. Notre article sur la promotion immobilière situe ces outils dans le parcours complet.

À retenir

  • Droit de superficie : construire sur le terrain d'autrui, 50 à 100 ans, contre une rente, avec retour du bâtiment à l'échéance.
  • Négociez surtout l'indemnité de retour et l'indexation de la rente.
  • Droit d'emption : réserver un terrain jusqu'à dix ans sans obligation d'acheter.

Questions fréquentes

Un droit de superficie peut-il être prolongé ?

Oui, par accord des parties, en général négocié bien avant l'échéance. Les actes récents prévoient souvent une clause de prolongation aux mêmes conditions ou à des conditions révisées.

Que se passe-t-il si le superficiaire ne paie plus la rente ?

L'acte prévoit en général un retour anticipé après mise en demeure, avec une indemnité réduite. Le superficiant dispose aussi d'une hypothèque légale pour garantir la rente.

Le droit d'emption est-il transmissible ?

Seulement si l'acte le prévoit. Dans un montage de promotion, on le rend cessible pour pouvoir le transférer à la société de projet ou à un partenaire.

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